“Vous faites une aventure ?”

Quand j’étais ado et que je ne connaissais mĂŞme pas le mot « rĂ´liste Â», que mĂŞme les intĂ©ressĂ©s mirent un certain temps Ă  intĂ©grer Ă  leur vocabulaire courant, je « faisais des aventures Â».

Autour d’une table, avec des copains, je partais Ă  l’autre bout d’autres mondes pour vivre d’autres vies, et plus rien d’autre ne comptait. C’était un monde Ă  part. Comme nous n’appartenions Ă  aucune association (je vivais au fin fond de la Nièvre : Tatooine, Ă  cĂ´tĂ©, c’est une planète urbaine…), nous rĂ©inventions la roue Ă  chaque partie. Chaque situation que ne couvraient pas les règles donnait lieu Ă  un arbitrage, on bricolait nos propres scĂ©narios et on Ă©chafaudait ce que l’on qualifierait aujourd’hui de « hacks Â» de la façon la plus improbable (avec un jeu mĂ©d-fan et un jeu de super-hĂ©ros basĂ©s sur les règles de James Bond !).

De jeu en jeu, de dĂ©cennie en dĂ©cennie (oui, c’est SI LOIN que ça), nous avons changĂ© de façon de jouer. DĂ©jĂ , « nous Â» n’étions plus les mĂŞmes « nous Â» qu’à l’origine. D’abord parce que certains partaient ici et lĂ , parce que d’autres n’éprouvaient plus forcĂ©ment la mĂŞme passion pour le jeu de rĂ´le, parce que nous devions dĂ©sormais nous dĂ©brouiller pour vivre notre vie. La vie de famille, le travail et toutes sortes d’autres activitĂ©s avaient peu Ă  peu rongĂ© l’espace de libertĂ© nĂ©cessaire pour jouer. Finis les weekends d’insouciance oĂą ma mère me demandait : « vous faites une aventure, samedi ? Â»

Le jeu de rôle avait été cette parenthèse magique où il nous suffisait du temps d’un weekend pour refaire le monde, pour refaire notre monde, ensemble, autour d’une table et d’une poignée de dés. Et la vie active avait refermé cette parenthèse, la reléguant parmi des souvenirs qui ne resurgissaient plus très souvent.

Ou du moins c’est ce que j’imaginais.

Le besoin de jeu de rĂ´le, l’envie d’autres mondes ne m’avait pas quittĂ©, loin de lĂ . Je retrouvais dans la littĂ©rature, le cinĂ©ma et surtout les sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es, modernes pourvoyeuses de rĂŞve, un peu de la fascination qu’exerçaient sur moi les univers rĂ´listiques. Mais recevoir ces fictions comme spectateur passif ne suffisait pas. J’assistais aux aventures des protagonistes, mais je ne les « faisais Â» plus.

Je ne faisais plus d’aventures.

Le fantasme de la maison de retraite rĂ´listique

J’ai traversĂ© une pĂ©riode que beaucoup de rĂ´listes d’un certain âge connaissent : celle oĂą l’on est prĂŞt Ă  lâcher prise tout Ă  fait, Ă  se dire « c’était un truc de ma jeunesse, je suis trop vieux Â». Ce petit pincement au cĹ“ur que l’on ressent Ă  la table de jeu en se rendant compte que « c’est plus pareil Â». Trop peu de temps Ă  consacrer aux parties, des amis trop Ă©loignĂ©s ou Ă  l’emploi du temps trop rempli, et une quantitĂ© invraisemblable de jeux Ă©normes Ă  lire plutĂ´t qu’à pratiquer. Je me suis mĂŞme dit, de temps Ă  autre, qu’en vieillissant, l’imagination devait sans doute se tarir, d’autant que je constatais le phĂ©nomène chez d’autres que moi : cette sorte de lassitude qui succĂ©dait aux annĂ©es d’euphorie.

Tout cela Ă©tait assez frustrant, et les signes Ă©taient toujours les mĂŞmes. Le souvenir des « parties de notre adolescence Â», Ă©rigĂ©es en forme d’âge d’or fantasmĂ©, et d’oĂą ne nous restaient que des noms, des Ă©pisodes, des jeux de mots, des fous-rires et parfois des moments d’émotion. Le regret de ne plus pouvoir jouer comme avant, comme une sorte de « trouble de l’imagination Â» qui nous gâchait les rares parties de jeu oĂą l’on parvenait Ă  rassembler quelques amis au mĂŞme moment, autour de la mĂŞme table… Et un souhait que j’ai entendu d’innombrables fois chez d’innombrables rĂ´listes : « vous voyez pas qu’on soit tous dans une maison de retraite et qu’on n’ait rien d’autre Ă  faire que de jouer aux jeux de rĂ´le ? Ce serait pas gĂ©nial ? Â»

Il est symptomatique, ce rêve de la maison de retraite. Ce fantasme d’une seconde adolescence où l’on pourrait une fois encore mettre de côté les problèmes concrets et chausser nos bottes magiques pour repartir à l’aventure. C’est le rêve de Bilbon songeant aux chansons entonnées sur la route avec des compagnons d’aventure. Le rêve d’une sorte de… simplicité.

Ados, nous n’avions besoin ni de tours Ă  dĂ©s, ni d’applis sur Smartphone, ni de VTT… Pour tout dire, nous n’aurions pas pu nous les offrir : chaque manuel de jeu Ă©tait un trĂ©sor inestimable, et nous n’achetions pas les jeux de rĂ´le par gammes entières. Nous n’achetions pas les jeux de rĂ´le, pour tout dire : nous les vivions.

Vous voudrez bien me pardonner pour cette prose décousue qui me permet autant d’exprimer ce que je ressens vis-à-vis de mon parcours de rôliste que de le découvrir moi-même. Nous faisions des aventures. Et à une époque, j’ai bien cru que je n’en ferais plus.

Et puis sont arrivés des jeux novateurs, des courants de pensée dans l’univers du jeu de rôle, et même des gens qui analysaient tout ceci pour en extraire, pour ainsi dire, la substantifique moëlle. Après des décennies de jeux de rôle de plus en plus complexes, des gammes immenses, d’énormes volumes, de pesants suppléments d’univers, d’interminables collections de manuels, arrivaient des jeux…

Simples.

OSR, BSH et autres acronymes

Concis. Des ouvrages dĂ©graissĂ©s, des jeux Ă©laborĂ©s « par soustraction Â», des jeux conçus comme des flèches visant un but prĂ©cis plutĂ´t qu’une grenade Ă©parpillant ses concepts dans l’espoir de toucher au moins une cible. En parallèle un genre de jeu diffĂ©rent, qui avait Ă©mergĂ© peu Ă  peu, se formalisait, en commençant par des textes tels que le Quick Primer for Old School Gaming de Matt Finch, et se cristallisait peu Ă  peu autour d’un acronyme : OSR (pour Old School Renaissance ou Old School Revival).

L’OSR, c’était le retour aux sources, et une redĂ©finition de la substance du JDR. C’était aussi un mouvement presque indĂ©finissable, articulĂ© autour de concepts unifiĂ©s tels que « des arbitrages [des improvisations de règles selon les situations] plutĂ´t que des règles [gravĂ©es dans le marbre et cherchant Ă  dĂ©finir la rĂ©solution de toutes les situations au prĂ©alable] Â» mais protĂ©iforme, manifestĂ© dans des « clones Â» du plus vieux jeu de fantasy autant que dans des systèmes qui s’en Ă©loignaient radicalement.

L’OSR cherche à revenir à l’essentiel. Armé d’un héritage rôlistique qui a façonné le loisir pendant des décennies, le genre cherche à revenir à une forme de jeu dépouillée, plus simple sans être simpliste, en reprenant ce qui fonctionnait et en développant autrement ces bases essentielles.

L’OSR grapille chaque innovation et l’intègre Ă  un corpus de mĂ©caniques oĂą chacun finit par piocher ce qui lui plaĂ®t : dĂ©s d’usage/d’usure, système d’avantage/dĂ©savantage, dĂ©gâts ou attaques automatiques sans jets de dĂ©s, etc.

Lorsque j’ai dĂ©couvert l’OSR, j’ai commencĂ© par Ă©prouver des doutes. Je n’avais pas beaucoup pratiquĂ© le premier jeu de fantasy (ayant dĂ©butĂ© le JDR avec la version française de L’Œil Noir), Ă  l’endroit duquel je n’éprouvais donc pas de nostalgie particulière. Des jeux comme Old School Essentials (extrĂŞmement recommandable !) me semblaient procĂ©der d’une volontĂ© de « retour aux sources Â» un peu passĂ©iste, pour ne pas dire rĂ©actionnaire face Ă  certains mouvements rĂ´listiques qui s’éloignaient radicalement du modèle d’origine (je pense en particulier aux jeux Powered by the Apocalypse, mais il y en a d’autres, bien sĂ»r). Jusqu’à ce que je lise ce que je considère comme un authentique chef d’œuvre, le Black Sword Hack de Kobayashi, publiĂ© chez les Merry Mushmen, ardents partisans de la tendance OSR.

Dès la lecture, c’était le coup de foudre, et les premières parties m’ont permis de comprendre pourquoi. Je faisais des aventures. Le système simple et dépouillé laissant énormément de place à l’improvisation, offrant une base solide et modulable, où le MJ comme les joueurs disposaient d’une énorme marge de manœuvre.

Exactement comme quand nous jouions, ado, en faisant instinctivement l’impasse sur tout ce qui nous déplaisait, ce que nous trouvions trop lourd, ce que nous n’avions même pas envie de comprendre.

Après le BSH, j’ai lu Ă©normĂ©ment de jeux de la tendance OSR. Impossible de les consulter tous, mais ils esquissaient le portrait d’une tendance Ă  la fois concise, riche et incroyablement enthousiasmante : des systèmes qui allaient droit au but et qui laissaient la place Ă  l’improvisation, l’imagination…

Bref : aux joueurs (MJ compris !).

Satori

Peu Ă  peu, tout s’est mis en place. J’ai compris pourquoi j’étais passĂ© Ă  cĂ´tĂ© de ce qui me plaisait dans le JDR pendant une bonne partie des dernières annĂ©es (malgrĂ© d’excellents moments passĂ©s avec des amis !). Je suis revenu Ă  l’essentiel, et j’ai renoncĂ© Ă  rĂ©inventer la roue, Ă  essayer des choses de plus en plus touffues ou complexes, des univers trop denses…

Et après le coup de cœur de Black Sword Hack, j’ai cherché LE jeu qui me ramènerait à ces notions essentielles, une sorte de jeu de fantasy absolu, non pas parce qu’il serait exhaustif, mais parce qu’il me donnerait suffisamment de bases pour ajouter ce que je voulais autour (je songeais en particulier à y greffer le système des couvertures de comics de l’excellentissime Aventures à Plumes de Côme Martin). J’ai donc exploré les JDR divers et variés, en quête de cette base solide qui me permettrait de faire des aventures.

Et comme vous vous en doutez, c’est sur Shadowdark que mon choix a portĂ©. Shadowdark est juste assez simple pour que je puisse le trafiquer comme bon me semble, et juste assez riche pour que je me repose sur ce qui a Ă©tĂ© publiĂ© quand j’ai la flemme ! Avec ses zines thĂ©matiques, le jeu offre chaque fois une direction diffĂ©rente sans l’exploiter abusivement, et les très nombreuses publications tierce partie l’enrichissent constamment.

Accessible, simple, ouvert… J’avais trouvé mon chouchou absolu… et je n’étais pas le seul. Le jeu rassemblait déjà une immense communauté, qui ne fit que croître et produire du contenu. Lorsque nous avons évoqué les jeux à traduire dans le cadre du label Rabbit Hole, j’ai mis en avant Shadowdark, qui comptait parmi les choix essentiels, pour moi.

Les jeux capables de ramener le plaisir de jouer autant que de le faire naître.

Reviou des derniers flimes qu’on a vus

Vous connaissez (peut-ĂŞtre) la musique : mon Ă©pouse et moi avons vu des films, ils Ă©taient cools, j’ai envie de vous en parler.

Premier flime : The Watchers

Alias “Les Guetteurs” d’Ishana Night Shyamalan, et on voit bien que c’est la fille de son papa. MĂŞme pitch assez dingue (des gens se retrouvent emprisonnĂ©s dans une sorte de cabane pourvue d’une vitre sans tain par laquelle des crĂ©atures Ă©tranges, les Guetteurs, les observent), mĂŞme goĂ»t des images lĂ©chĂ©es (il y a notamment quelques très beaux plans large et un beau talent visuel), un choix d’acteurs assez judicieux (Dakota Fanning est vraiment très cool), et mĂŞme goĂ»t pour le twist de fin de scĂ©nar…
Malheureusement, ici, le film multiplie ces fameux retournements de situation de manière pas très folichonne, et Ă  vrai dire, votre suspension d’incrĂ©dulitĂ© va en prendre un rude coup Ă  chaque nouvelle rĂ©vĂ©lation, de plus en plus foireuse, jusqu’Ă  une fin qui essaie très fort d’ĂŞtre super cool, mais avec des sabots taille XXXXL. Le scĂ©nario passe de “un peu jeune” Ă  “complètement absurde” en pas bien longtemps, et s’achève sur une conclusion qui m’a semblĂ© un peu ridicule, avec des recours au folklore en mode vu, revu et rerevu… N’est pas Mike Mignola qui veut : il ne suffit pas de mettre un vernis de nouveautĂ© sur un concept rebattu pour que ça fonctionne Ă  donf.

Donc voilĂ  : j’ai menti dans l’intro, on n’a pas aimĂ© tous les films qu’on a vus. Et je ne vous recommande pas, mais alors pas du tout The Watchers, qui est franchement naze.

Bon bon bon… On enchaĂ®ne !!!

Wicked Little Letters, alias Scandaleusement VĂ´tre (mouais, bon… c’est pas complètement pourri comme adaptation de titre, mais on va dire que ça manque un millipoil de gĂ©nie). Eh ben lĂ , gros, GROS problème… qui n’en est pas un…

Alors déjà, il y a Olivia Colman, qui est génial comme toujours, donc ça ne peut pas être un mauvais film.

Le dĂ©faut du film… c’est sa bande-annonce. Si jamais vous y jetez un oeil sans connaĂ®tre le pitch, vous aurez l’impression d’une petite comĂ©die britannique rigolote, et presque d’une amitiĂ© improbable entre deux nanas Ă  l’Ă©poque oĂą on n’avait pas le droit de dire fuck quand on Ă©tait bien Ă©levĂ© (comment ça, c’est encore en vigueur ? Fuck !!!).

Alors en fait pas vraiment. C’est bien une comĂ©die, mais une comĂ©die assez grinçante, et ce n’est pas du tout une histoire d’amitiĂ© entre deux nanas (mĂŞme pas “simplement” amitiĂ©, hein, on parle pas de … de sistermance ? Je connais pas le mot et j’ai la flemme de chercher) : c’est l’histoire d’un scandale assez dur, avec un gros gros accent mis sur l’influence nĂ©faste du patriarcat dans ce qu’il a de plus abject (et incarnĂ© par le personnage qu’interprète, avec brio comme toujours, l’immense Tiomthy Spall). Jessy Buckley est formidable, et on oublie souvent l’extraordinaire Anjana Vasan dans le rĂ´le d’une inspectrice de police gĂ©niale. L’idĂ©e : une “vieille fille” anglaise très comme il faut reçoit des lettres injurieuses, et on arrĂŞte sa voisine, une jeune femme beaucoup moins comme il faut selon la vision de l’Ă©poque, soupçonnĂ©e d’envoyer ces vilaines petites lettres du titre original.

C’est franchement dĂ©licieux, mais pas toujours lĂ©ger : l’aspect dramatique pèse autant que la comĂ©die, voire davantage, et la fin est Ă  la fois drĂ´le et glaçante. Bref : c’est du cinĂ© britannique vraiment bien fichu, on ne s’ennuie pas, les acteurs et actrices font un show du tonnerre et les seconds rĂ´les sont formidables. Juste : n’attendez pas un truc vigoureusement feelgood sur une amitiĂ© de lesbiennes avant l’heure, c’est pas trop trop le truc.

Et finalement, last but not least…

Dinner in America. La claque monumentale. Je croyais pas qu’on pouvait faire une romcom punk, et en fait si. Kyle Gallner joue un junkie pyromane et immĂ©diatement insupportable dans cette comĂ©die Ă  l’humour acide comme du jus de xĂ©nomorphe, et qui prend un jubilatoire plaisir Ă  pisser sur les valeurs de l’AmĂ©rique.

Après une intro qui m’a fait craindre le pire, on assiste au dĂ©veloppement d’une idylle gĂ©niale entre ce perso complètement dĂ©sespĂ©rĂ© et une jeune femme passionnĂ©e de musique punk. Je ne veux rien spoiler donc je me contenterai de vous dire que Gallner est Ă©poustouflant, secondĂ© par une Emily Skeggs formidable, une bande-son qui agace, inquiète et dĂ©pote, et que tout ça mène Ă  une histoire d’un romantisme dingue, Ă©maillĂ©e de moments d’Ă©motion qui m’ont tirĂ© quelques larmes d’Ă©merveillement, et tout ça sans artifice, juste des personnages au charme dĂ©vastateur et que j’ai trouvĂ© particulièrement… justes. Le rĂ©al parle de s’ĂŞtre inspirĂ© de Napoleon Dynamite, et ça ne m’Ă©tonne pas une seconde : on trouve la mĂŞme approche entre rĂ©alisme et dĂ©lire total, comme pour vous dire que mĂŞme l’existence la plus ordinaire recèle des moments de magie pour qui veut bien les voir. Et surtout, pour vous rappeler ce que c’est qu’ĂŞtre humain, profondĂ©ment, mĂŞme quand on passe pour une racaille… VĂ©ritable tour de force !

J’ai pas vu de meilleure comĂ©die romantique depuis des dĂ©cennies (alors que je suis vraiment client), et si vous aimez les trucs vraiment barrĂ©s, rĂ©solument punk, aux personnages fouillĂ©s sans ĂŞtre des sortes de puzzles Ă  dĂ©coder pour s’y attacher… eh ben vous ĂŞtes probablement moi, parce que ce film a cochĂ© toutes les cases pour me plaire !

Les flimes de fébrvrier

J’ai eu moins de temps pour rĂ©diger des critiques (le mot est sans doute un peu fort pour ces bafouilles gratouillĂ©es sur un clavier en quelques minutes), et pourtant, ce mois-ci, mon Ă©pouse et moi avons regardĂ© beaucoup de films particulièrement intĂ©ressants… Je vais donc procĂ©der Ă  une petite review accĂ©lĂ©rĂ©e en mettant l’accent sur ceux qui nous ont le plus marquĂ©.

Birth/rebirth

Une infirmière, parent isolĂ©, doit confier sa fille Ă  la voisine pour une matinĂ©e. Un terrible accident se produit et tout bascule. Et… je n’ai vraiment pas envie de vous priver de la suite, regardez-le, point barre.

Alors lĂ , on commence par une bonne vieille claquasse fantastique qui, par le truchement d’une histoire Ă  la Reanimator/Frankenstein, dresse deux portraits de femmes formidables et prĂ©sente un rĂ©cit intense, cru et sans concession. De la vraie bonne, très bonne horreur qui vous soulève le coeur et vous remue sans pour autant recourir aux artifices habituels du genre : oui, il y a du sang, mais je vous garantis que ce n’est pas ça qui va vous secouer le plus (il y a deux scènes qui se dĂ©roulent dans les toilettes, et je vous garantis qu’Ă  cĂ´tĂ©, Evil Dead, c’est de la rigolade ; tout ça sans voir plus de quelques gouttes de sang…).

Ca parle de maternitĂ©, d’Ă©motions, de persĂ©vĂ©rance, de mort et d’amour, tout ça portĂ© par des actrices absolument phĂ©nomĂ©nales. Vous n’en entendrez sans doute pas beaucoup parler, mais je vous garantis que ce film est vraiment spĂ©cial, qu’il ose des choses auxquelles les autres refusent de se frotter, et qu’il place la barre du film indĂ© futĂ© très très haut.

Thanksgiving

Un autre plaisir, très diffĂ©rent cette fois, avec ce slasher rĂ©alisĂ© en mode “respectons les règles du genre” par Eli Roth. C’est bien gore et dĂ©gueu, les ados sont Ă  la fois dĂ©testables et attachants (dĂ©testachants ? oh, bref, c’est des ados, quoi), tout fonctionne sans trop de surprise et c’est un vrai bon moment si, comme nous, vous aimez les slashers. Et on va pas se mentir, quand on a vu la sĂ©rie des Vendredi 13, ce scĂ©nar, c’est Citizen Kane (oui, on a vu les V13 et… bon ben disons que la sĂ©rie existe, voilĂ , que c’est rigolo, mais… dans un entrepĂ´t de pellicules en feu c’est pas les premiers qu’on ira Ă©teindre). Bref, bon petit divertissement sans autre prĂ©tention que de faire un film de genre codifiĂ©, et ça marche très bien : l’idĂ©al pour une soirĂ©e pizza ?

Ah oui, le pitch : pendant le Black Friday, des Ă©meutes lors des soldes provoquent des accidents. L’annĂ©e suivante, un mystĂ©rieux tueur s’en prend aux responsables. Vous connaissez la musique.

It lives inside

Pourquoi cette lycĂ©enne se balade-t-elle sans arrĂŞt avec un petit bocal contenant… quoi au juste ? Oui, bon ben le pitch, c’est pas non plus de la haute volĂ©e, hein…

Un petit film que j’ai quasiment oubliĂ© deux semaines après l’avoir vu… Il ne va pas rĂ©inventer le genre, mais il prĂ©sente l’originalitĂ© de se focaliser sur une famille indienne, ce qui n’est pas super courant. Ca se regarde sans dĂ©plaisir, c’est plutĂ´t bien interprĂ©tĂ© et l’idĂ©e du “monstre” n’est pas mauvaise. Bon, ça ne va pas rĂ©volutionner le genre non plus, cela dit, mais si vous ĂŞtes client des histoires de streumons chelous et un peu paranormaux qui foutent la merde dans la vie des lycĂ©ennes, c’est plutĂ´t de la bonne came et on ne s’ennuie pas.

The Beekeeper

Un film avec Jason Statham.

Ah merde, faut expliquer ? Bah donc c’est un gros bourrin et il dĂ©fonce les mĂ©chants. C’est très con, très rigolo, et Statham affirme bien son statut de bourrinos Ă  la Schwarzy. Tout ça avec un petit cĂ´tĂ© reaganien sur les valeurs de la famille et ces salauds de nerds qui font rien qu’Ă  se toucher la nouille dans des call centers pour voler la pension de petites mamies gentilles comme tout. Si vous aimez les explosions, c’est bien, il y en a dès le premier quart d’heure. Film pizza idĂ©al. Je devrais mettre un pizzomètre, tiens. Donc : 5 pizzas sur 5, vous avez le temps d’aller pisser pendant les dialogues, vous ne manquerez rien, mais vous passerez un bon moment (et pas qu’aux toilettes, donc).

Here for blood

Tout de suite, le pizzomètre : 10 sur 5 pizzas. Un catcheur amateur doit remplacer sa copine comme babysitter chez une famille huppĂ©e. Mais des meurtriers (catcheurs eux aussi, voyez comme le monde est bien fait quand il s’agit d’assurer la distribution de calotes et de german souplex) font irruption dans la maison…

Bon, sĂ©rieusement : il y a des catcheurs, des meurtriers façon slasher, une secte, une home invasion, une gamine qui balance des punchlines et des effets spĂ©ciaux craspecs. Dans la catĂ©gorie : certainement pas un chef d’oeuvre mais absolument jouissif, celui-lĂ  tient le pompon. C’est un vrai GRAND moment de fun et il faut absolument le voir avec des potes (ou avec votre Ă©pouse/Ă©poux si vous ĂŞtes sur la mĂŞme longueur d’ondes cinĂ©, et bon sang ce que je vous le souhaite, parce que c’est top !). Avec un scĂ©nario qui tient curieusement la route, des pĂ©ripĂ©ties aussi crĂ©tines qu’hilarantes et surtout un acteur principal qui fait le show… Ca fait partie de mes recommandations impĂ©rieuses du mois

Brooklyn 45

Encore 44 de plus et on avait une sĂ©rie de flics rigolote, mais attention : Brooklyn 45 n’est pas (mais alors TROP PAS) une sĂ©rie de flics rigolote. Après la Seconde Guerre mondiale, des vĂ©tĂ©rans se rĂ©unissent pour participer Ă  une sĂ©ance de spiritisme qui va très très mal tourner.

Un huis-clos très rĂ©ussi, minimaliste, qui pose davantage de questions qu’il n’apporte de rĂ©ponses, mais qui fonctionne comme une pièce de théâtre un peu grand-guignolesque. C’est plein de tension, les dialogues sont vraiment bons, et comme dans tout bon huis-clos, on ne s’ennuie pas une seconde : il se passe toujours quelque chose. Saisissant scĂ©nario sur le trauma, le deuil, les rapports entre humains, bref : la vie. Si vous aimez les trucs qui vous grattent le cerveau, ça fonctionne exactement comme un Ă©pisode de Twilight Zone d’une heure et demie. On a beaucoup aimĂ©.

Please don’t destroy the treasure of Foggy Mountain

Un film très très con avec des protagonistes furieusement cons… et au final c’est vraiment fun. Trois amis particulièrement abrutis se lancent Ă  la recherche d’un trĂ©sor lĂ©gendaire : un buste de Marie-Antoinette perdu dans les montagnes. Ca Ă©voque toutes les comĂ©dies de potes jamais rĂ©alisĂ©es, il y a de GRANDS moments (l’aigle !), des personnages gĂ©niaux, des chansons dĂ©biles, une secte complètement secouĂ©e, Conan O’Brien et Gaten Matarazzo (Dustin de Stranger Things) dans son propre rĂ´le. Une comĂ©die bien fichue, qui ne m’a pas fait hennir de rire, mais que j’ai beaucoup aimĂ©e. Au point que je dĂ©testerais pas la revoir ! Et encore une fois : entre copains ou en couple, bon moment garanti.

Resurreccion (2015)

Je note l’annĂ©e, vu qu’il y a huit milliards de films du mĂŞme nom. Très très chelou, ce film qui se dĂ©roule en Argentine pendant une Ă©pidĂ©mie de vomito nero. Un jeune prĂŞtre se rend dans la demeure familiale, oĂą son frère, sa belle-soeur et sa nièce ont attrapĂ© la maladie. Bon, on est dans un film 99% atmosphĂ©rique, et le dernier pour-cent, c’est un scĂ©nario mystico-nouillo-touchatoire plutĂ´t perchĂ©, mais qui ne nuit pas trop au reste. Très bizarre, sombre, il se distingue tout de mĂŞme par une photo vraiment rĂ©ussie, qui exploite un dĂ©cor vraiment bien foutu et des morts particulièrement dĂ©gueulasses. C’est sale et moche, mais… curieusement beau en mĂŞme temps. Bref, si vous aimez ce genre de truc sur la foi confrontĂ©e Ă  l’horreur, ça pourrait vous parler. Ici, c’Ă©tait mitigĂ© : j’ai aimĂ© sans pour autant avoir envie de revoir, tandis que ma chère et tendre s’est endormie.

The Hole

Un film de Joe Dante plutĂ´t mĂ©connu/mĂ©sestimĂ©, et filmĂ© Ă  l’origine en 3D. Pas le meilleur de sa filmographie, mais un bon scĂ©nario consacrĂ© Ă  la peur et aux remords, le tout portĂ© par un trio de jeunes acteurs vraiment efficaces. Dans la catĂ©gorie film de djeunns Ă  l’ancienne, c’est vraiment une bonne pioche, avec un postulat de dĂ©part tout con : une famille emmĂ©nage dans une maison, et dans la cave, il y a un trou apparemment sans fond, mais d’oĂą le mal Ă©mane. DĂ©jĂ  vu auparavant, il supporte un deuxième visionnage grâce au charme du casting et Ă  un scĂ©nario qui tient quand mĂŞme plutĂ´t bien la route.

A creature was stirring

Très TRES surprenant film portĂ© par l’Ă©patante Chrissy Metz (This is us). Une femme et sa fille sont isolĂ©es chez elles par le blizzard. La mère en question doit tout faire pour maintenir la tempĂ©rature de sa fille dans une fourchette très prĂ©cise sinon… eh ben sinon il se passe des trucs, mais on sait pas quoi. Sur ce interviennent deux jeunes gens qui s’introduisent dans la maison en mode home invaders.

Alors c’est un film très particulier. Parce qu’il est bourrĂ© d’idĂ©es de ouf, avec un monster design original, un fond intelligent (comme l’a fait remarquer mon Ă©pouse, on sent l’influence du Babadook), un scĂ©nario mĂ©taphorique très poussĂ©, des acteurs qui tiennent bien la route… Mais tout ça est gâchĂ© par des dialogues indigents, voire catastrophiques, et une rĂ©alisation aux fraises (en partie dans le climax). Tout part en couilles tout le temps, et le message du film, qui devrait ĂŞtre limpide, est vraiment saccagĂ© par la rĂ©alisation et le montage complètement foireux.

Et pourtant… eh ben je ne regrette pas de l’avoir vu. Si je reconstruis le film autrement dans ma tĂŞte, c’est vraiment un super film. Malheureusement, en l’Ă©tat, il est confus, mal fichu et surtout diablement mal Ă©crit… A vous de voir si ça vous suffit : si vous ĂŞtes rĂ´liste comme moi, ça peut vous donner des idĂ©es, par exemple…

X

Le titre de film super court ! Donc X, de Ti West, c’est l’histoire d’une Ă©quipe de film de zboub qui va tourner dans une vieille maison toute craspec Ă  cĂ´tĂ© d’un marigot infestĂ© d’alligatorst louĂ©e en mode AirBnB du pauvre (ça se passe dans les seventies) par un couple de vieux tarĂ©s.

Alors le fantastique, et surtout l’horreur, c’est le mĂ©lange entre Eros et Thanatos, vous dit-on souvent : le sexe et la mort, quoi. Et lĂ , bon ben on est dans l’expression de base du truc : il y a des boobs, des stouquettes (dont une de belle taille et qui pourrait servir de balancier Ă  une horloge Ă  l’ancienne) et des gens qui se font zigouiller. Le rĂ©al essaie de faire de l’Ă©pate de temps Ă  autre : des fois ça marche (magnifique plan vu d’en haut de Mia Goth sur le point de se faire bouffer par un alligator), des fois ça marche moins (effets de montage oĂą deux scènes se mĂŞlent : ouais, c’est futĂ©, mais ça nuit Ă  la lisibilitĂ© – cela dit, les spectateurs plus jeunes apprĂ©cient peut-ĂŞtre le cĂ´tĂ© “montage interdit aux Ă©pileptiques”). Il y a un beau propos sur les rapports charnels et amoureux, un numĂ©ro d’Ă©quilibriste entre le “tellement creepy crevez-moi les yeux et qu’on en finisse” et le “awwwwww comme c’est touch… ah mais non dĂ©gueu !” (oui, donc l’Ă©quilibriste peut tout Ă  fait tomber de son fil, ça arrive), et des personnages que j’ai beaucoup aimĂ©s dans la mesure oĂą ils n’Ă©taient vraiment pas superficiels et se font avoir justement parce qu’ils sont dĂ©cents, et confrontĂ©s Ă  l’indĂ©cence effroyable d’une autre gĂ©nĂ©ration.

Le tout s’achève sur une rĂ©vĂ©lation vraiment bien amenĂ©e, et ça fonctionne de bout en bout, avec un cĂ´tĂ© ultra malaisant, super bien exploitĂ©. Perso, le cĂ´tĂ© un peu artsy-fartsy du film m’a parfois emmerdĂ© (ces fameux effets de montage), mais comme il est raccord avec UN des persos, difficile de faire la fine bouche : c’est assumĂ© et pas con, donc… Bref, sans que ce soit le film de l’annĂ©e, j’ai bien aimĂ©.

Et voilĂ  ! Si je ne dois vous recommander qu’un seul de ces films, ce sera Birth/rebirth qui transcende complètement son petit budget pour aller appuyer partout lĂ  oĂą ça fait mal, ou bien, si vous voulez vraiment vous marrer entre potes, Here for blood : si en plus vous ĂŞtes rĂ´listes, c’est calibrĂ© exprès pour vous et ça va vous donner des idĂ©es de personnages marrants !

Black Sword Hack – ak ak akak !!!

Hier j’ai poursuivi avec quelques joyeux compagnons une campagne de jeu de rĂ´le telle que je n’en avais plus menĂ©e depuis des dĂ©cennies. Vraiment. Tout ça grâce au Black Sword Hack, dispo ici chez les Merry Mushmen, et que je vous recommande vivement. 110 pages pour le jeu le plus dense et le plus complet que j’aie jamais vu et pratiquĂ©.

Pour tout dire, le BSH (et zyva qu’on part dans les acronymes, ah bah ça commence bien !) est un des meilleurs jeux au monde Ă  mes yeux, et il est au mĂ©dfan (tendance sword and sorcery) ce qu’Unknown Armies est au jeu d’horreur : un gros pavĂ© d’originalitĂ© (mĂŞme si le livre est tout pitit) dans une mare classique.

Le BSH, c’est de l’OSR, c’est Ă  dire une base de Dungeons & Dragons avec ses caracs habituelles et ses d20, associĂ©e Ă  des mĂ©canismes Ă©prouvĂ©s dans d’autres jeux (le fameux avantage de D&D 5 par exemple) et Ă  des choses rĂ©ellement originales, dont le Doom Die en particulier : ce dĂ© sert Ă  la fois de bonus, de compteur d’Ă©nergie magique et de compas moral ou mystique, tout ça en un seul mĂ©canisme d’une simplicitĂ© Ă©lĂ©mentaire.

Tout est rĂ©digĂ© clairement, de la manière la plus concise qui soit, et rien, absolument RIEN ne dĂ©passe. Ces 110 pages sont 110 pages de jeu, des idĂ©es excellentes, des pistes, et jamais de destination prĂ©cise (exception faite de deux scĂ©narios complets qui dĂ©rogent Ă  la règle traditionnelle qui veut que le scĂ©nario d’initiation inclus dans le livre de base soit toujours moisi : pas de bol, ceux-lĂ  sont très bons).

Le BSH comprend un système de combat ultra dynamique et excellent, plusieurs magies géniales, un bestiaire particulièrement bien foutu, des systèmes pour créer votre monde, votre ville, votre campagne. Tout est là.

Mais surtout, le BSH réussit à faire quelque chose que de nombreux jeux essaient constamment et ratent : vous donner de la liberté sans pour autant faire preuve de laxisme.

Je lis très souvent des jeux “pour game designer”. J’aime bien ça : le jeu vous donne une idĂ©e de ce qu’il peut ĂŞtre, vous ouvre des perspectives, vous propose un mĂ©canisme… et puis lĂ , au moment oĂą vous arrivez par exemple Ă  la liste des sortilèges ou des compĂ©tences, vous avez une petite phrase façon coĂŻtus interruptus qui vous dit : “voici UN exemple de sort, Ă  vous de crĂ©er les vĂ´tres…”

Ce qui est bel et bon si tu as envie de dresser une liste de sorts, mais beaucoup moins sympa quand tu as envie de jouer ce soir, ou dans dix minutes, sans pour autant crĂ©er un corpus de sortilèges cohĂ©rents et intĂ©ressants. MĂŞme chose pour les compĂ©tences, je comprends et approuve vigoureusement les systèmes qui disent : “inventez vos compĂ©tences”, mais malheureusement, les idĂ©es de compĂ©tences vraiment fun ne viennent pas forcĂ©ment TOUT DE SUITE, lĂ , alors que vous ĂŞtes en train de crĂ©er votre perso et que vous avez envie de jouer, pas forcĂ©ment de faire une “session zĂ©ro” (encore un concept que j’aime mais qui peut se rĂ©vĂ©ler bien foireux) oĂą rien ne se passe et oĂą on se câline simplement entre joueuses en se disant :”regardez comment on va bien s’amuser la prochaine fois !”

Moi, je suis rĂ´listateur prĂ©coce, l’envie de jeu, ça part tout de suite, je veux jouer maintenant. Je veux. Jouer. Maintenant. Le BSH offre prĂ©cisĂ©ment ça. Les sortilèges, ils sont lĂ . Les capacitĂ©s spĂ©ciales aussi. Tout le squelette du jeu est lĂ , Ă  toi de l’enrober.

Et voilĂ  la force du jeu selon moi : pas besoin d’ajouter des pattes Ă  ce serpent-lĂ , il est COMPLET. Tu peux ajouter des choses, et on te dit mĂŞme comment faire, mais on te donne le paquetage de base. Tu fais ton PJ en dix minutes, et mĂŞme s’il te semble encore un peu nu, il est dĂ©jĂ  costaud, charnu, avec des accroches originales. Ca fonctionne.

Ton univers, ce sera Ă  toi de le dĂ©velopper, mais tu peux dĂ©terminer l’essentiel : qui c’est les adversaires, la Loi ou le Chaos ? Check. Tire un D6 et on voit qui est le salaud qui dirige les forces du mal. Tire un autre dĂ© 6 et tu sais Ă  quoi ressemblent ses troupes (et c’est dĂ©jĂ  original). Un D10, un D12 et tu sais aussi quel conflit agite le monde et comment il se manifeste.

Ensuite, Ă  toi de jouer. Rajoute rien au système, il est lĂ  pour te faciliter la tâche. Toi, tu t’occupes du rĂ©cit, du gras de l’histoire.

Les illus sont absolument somptueuses, et complètement raccord avec le thème d’un monde dĂ©chirĂ© entre la Loi et le Chaos.

Si tu veux un peu de “flavour”, tu as une liste de noms typiques, ou mĂŞme des citations formidables issues des ouvrages de Moorcock, Leiber, Howard…

Chaque fois, la règle ou le conseil prend une page, deux au plus, et tout est lĂ . Tu n’as qu’une envie, mettre ça en pratique. Et c’est bien ce que j’ai fait.

Hier, on a terminĂ© la “saison 1” de notre campagne BSH

Laborieusement, je me suis remis Ă  maĂ®triser “sĂ©rieusement”. En mettant en pratique un tas de trucs, en expĂ©rimentant, et en essayant de faire le maximum pour qu’on s’amuse. Pour ça, le BSH a Ă©tĂ© le meilleur outil ever : un système complexe et dense sans ĂŞtre lourd, appris en cinq minutes, et qui permets de mobiliser les ressources mentales et crĂ©atives ailleurs.

On a donc jouĂ© d’abord en impro presque totale (avec un pitch vraiment tout con que j’aime bien : “vous ĂŞtes rejetĂ©s sur une plage, Ă  cĂ´tĂ© de vous, un village d’adorateurs d’un monstre marin qui ont fait s’Ă©chouer votre bateau et qui sont dĂ©jĂ  en train de boulotter ses occupants, qu’est-ce que vous faites ?”

Et Ă  partir de lĂ , impro. On ajoute au fur et Ă  mesure les Ă©lĂ©ments dĂ©finis dans la crĂ©ation de monde (le grand mĂ©chant, son armĂ©e). On voit ce qui se passe. Les PJ se dĂ©veloppent. On prend des notes. Les joueurs ont rĂ©gulièrement des fulgurances crĂ©atives et l’univers de jeu se bâtit. Et au bout d’un moment, on a un story-arc bien dĂ©fini, avec une fin de cycle, et la perspective d’une campagne plus longue, qui mènera plus loin.

Hier, nous avons terminĂ© ce premier cycle en ouvrant (j’espère !) des perspectives sympa, avec de gros beaux moments de roleplay et de jeu super fun, le tout s’achevant sur des images de hĂ©ros fatiguĂ©s mais qui entrevoient des choses qui n’existaient pas au dĂ©but (et pour cause : totale impro). La carte du monde se dessine aussi peu Ă  peu, par petites touches, et tout ça avance de façon vraiment satisfaisante.

J’ai tout de mĂŞme Ă©tĂ© obligĂ© de raccourcir un peu hier pour arriver Ă  la fin, parce que comme j’en ai fait part Ă  mes joueurs, je pourrais me contenter de les suivre et de regarder ce qu’ils font, ce qu’ils cherchent, ce qu’ils inventent pendant très longtemps : mais lĂ , je voulais rĂ©ellement aboutir a une manière de conclusion pour une toute première phase de la campagne. Et ça s’est terminĂ© comme une saison de sĂ©rie tĂ©lĂ©, avec une belle scène de hĂ©ros qui reprennent leur souffle, des promesses d’aventures que je vais Ă©videmment m’efforcer de tenir (une ville inconnue ! une civilisation qui exploite les morts ! un anneau dĂ©signant l’hĂ©ritier d’une dynastie prestigieuse ! un col de montagne Ă  franchir !).

C’Ă©tait une vraie immense satisfaction de conclure tout ceci, en particulier avec un scĂ©nario oĂą nous avons fait un et un seul jet de dĂ©s.

La formidable souplesse du BSH me donne envie de continuer et d’aller jusqu’au bout de l’idĂ©e de rĂ©cit qui s’est dĂ©gagĂ©e au fil des parties, et d’exploiter Ă  fond toutes les possibilitĂ©s du truc et de ce que nous avons bâti ensemble. Et surtout de savoir comment vont finir ces personnages joueurs auquel je me suis attachĂ© comme rarement.

Bref, je vous recommande la Black Sword Hack : y a pas photo, il s’agit pour moi du meilleur système OSR, sachant qu’il n’est toutefois pas conçu pour de la “high fantasy”. Le trio de base, c’est Conan, Cugel (voire Fafhrd et le Souricier Gris) et Elric. Si ce genre de personnage vous botte, vous avez moyen de faire des choses formidables avec un jeu Ă  trente balles (et n’oubliez pas de vous prendre le Chaos Scrier avec : 28 pages de scĂ©nars et d’idĂ©es bien plus intĂ©ressantes que ce qu’on trouve souvent dans des vieilles pavasses de 300 pages bien indigestes).

Et pour conclure, un gros coup de chapeau Ă  Kobayashi, qui a rĂ©alisĂ© lĂ  ce que je n’hĂ©site pas Ă  qualifier de chef-d’oeuvre : un des rares jeux que je considère comme parfaits. Merci !

Sandy Julien

Sandy Julien

Traducteur indépendant

Works in Progress

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