Allô docteur ? C’est le surfeur !

Et voilà que cette semaine placée sous le signe de la découverte de comics sympa s’achève, et je voulais la terminer avec une série que j’aime beaucoup, mais surtout un artiste que j’apprécie énormément : Mike Allred. La carrière de Michael Allred s’est envolée grâce au comics Madman, au tout début des années 1990. A la fois scénariste et dessinateur sur le titre (son épouse Laura Allred viendra le rejoindre en tant que coloriste par la suite), Allred y crée un univers superhéroïque complètement atypique où coexistent des personnages attachants et hilarants, le tout mené par le Madman du titre, un garçon héroïque et naïf (et un petit peu mort-vivant sur les bords). Le trait d’Allred, immédiatement reconnaissable, a un charme inouï : visages particulièrement expressifs, personnages de freaks séduisants, extraterrestres complètement farfelus, et surtout une sorte de ligne claire dont la clarté est rehaussée par les couleurs vives qu’y apporte Laura.

Allred bosse ensuite avec des pointures comme Gaiman (lors d’un story-arc extraordinaire, revival à la fois enthousiasmant et flippant d’un vieux personnage de DC qui n’a connu qu’une carrière-éclair : Prez, le premier président ado des Etats-Unis), et sur des titres comme X-Force (qui deviendra X-Statix, avec des récits complètement barrés de Peter Milligan), puis une floppée de machins de chez DC et Marvel.

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C’est sur la série Silver Surfer que je souhaite attirer votre attention (enfin, sur Silver Surfer Vol. 7 et Vol.8 : pour s’y retrouver aujourd’hui, ça devient particulièrement coton… mais si vous cherchez Silver Surfer et Allred, nous devriez pas avoir trop de mal à trouver). Si vous connaissez les origines du Surfer d’Argent (il a été héraut de Galactus, puis “enfermé sur Terre” avant de retrouver sa liberté et de pouvoir errer dans le cosmos), vous savez tout ce qu’il y a à savoir pour profiter de cette excellente série regroupée en TPB, d’autant qu’elle repart un peu à zéro : le Surfer se balade et affronte des périls cosmiques, et puis…

Et puis il croise la route d’une Terrienne, Dawn Greenwood, qui a toujours vécu dans le trou du cul du monde (vous comprenez pourquoi je m’identifie à ce personnage ?) mais qui rêve secrètement de voyager. Et là, le personnage aux pouvoirs cosmiques entraîne à sa suite la Terrienne sans pouvoirs mais futée, dans des lieux où celle-ci n’aurait jamais cru…

Attendez voir. Un alien qui voyage aux quatre coins de l’univers. Une sorte de… de compagnon de voyage humain qui l’accompagne… L’alien est un petit peu pète-sec, un poil arrogant, et ses élans d’orgueil sont tempérés par l’humanité de celle qui l’accompagne… Il a une sorte de… d’engin quasi magique qui lui permet de voyager mais qui s’avère avoir une réelle personnalité..

Sérieux, ça ne vous rappelle rien ?

Voilà, eh bien ça marche vraiment comme ça, avec une dynamique carrément proche. Si vous aimez Dr Who, il y a de grandes chances que les aventures de ce Surfer vous plaisent. Colorées (aussi bien métaphoriquement que visuellement), pleines d’humour et d’humanité, elles constituent une bouffée d’air frais qui s’écarte radicalement des grandes sagas cosmiques que je déteste. Ici, ce sont les rapports entre les personnages qui comptent, les dialogues, les petits détails et l’interaction humaine (ou extraterrestre).

Voilà donc ce que j’ai découvert ou redécouvert cette semaine grâce à mon pote le Raton Laveur Galactique, qui a décidément bon goût. Vous l’aurez remarqué : je suis marvelophile. Les comics DC, à part quelques trucs qui sortent vraiment du lot, je m’y attache rarement. Ca n’empêche, je ne refuse pas d’essayer quelques trucs histoire de voir si c’est vraiment viable, dans les semaines et les mois qui viennent !

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Je ne peux toutefois pas terminer une semaine de posts sur les comics sans vous parler en bien d’une série formidable, qu’il faut absolument lire pour tout un tas de raison, mais surtout parce qu’il s’agit de la série la plus drôle de chez Marvel : Squirrel Girl. Ne prenez pas le train en route, parce qu’il y a énormément de codes qui se mettent en place dans les premiers épisodes, il faut vraiment commencer par le commencement. C’est fun, c’est souvent très girlie, ça ne nécessite quasiment aucune connaissance étendue de l’univers Marvel, et c’est un antidépresseur naturel.

Me voici donc sur le point de m’absenter (de ce blog, pas de la galaxie) une semaine, histoire de recharger les accus. Une grosse pensée à tous mes collègues, amis et jumeaux maléfiques qui savent combien il est nécessaire, parfois, de faire une pause. Et s’ils l’oublient, n’oubliez pas de le leur rappeler ! À mon retour, je pense adopter un rythme un peu moins soutenu, sans doute en publiant deux ou trois posts par semaine. Je vous parlerai de JDR, de cinéma (il faut que j’aille voir Joker, d’ailleurs…), de bayday et de tout un tas de trucs pop-culturels !

Immortel

“Nan mais déjà j’ai craqué mon jean et l’autre me troue le bide ! Oh poutrin chuis vénère !”

Je vous préviens, je vais spoiler un peu, donc si vous ne voulez pas savoir des trucs, ne lisez pas. Ne lisez rien. Jamais. Crevez-vous les yeux, d’ailleurs.

Les couvertures de la série Immortal Hulk sont dessinées par Alex Ross.

Voilà.

Merci d’avoir lu cette chronique et je vous dis à d…

Quoi, vous êtes pas déjà en train de lire Immortal Hulk ? Il vous faut QUOI comme argument ? Vous êtes des monstres ou quoi ?

Hulk fait partie de mes superhéros favoris (là, vous allez me dire : oui, avec tous les autres, et vous n’aurez pas entièrement tort, mais quand même), tout simplement parce qu’il disposait d’une grande visibilité quand j’étais gamin grâce à la série télévisée où le duo Bill Bixby/Lou Ferrigno rendait (presque) crédible l’histoire de ce monstre vert qui fait rien qu’à craquer le pantalon de jean du docteur Banner. Et honnêtement, cette série était furieusement bien foutue pour l’époque ; j’en garde un souvenir bien émouvant, même si je m’abstiendrai pieusement de me désillusionner en la visionnant de nouveau aujourd’hui. Le Hulk télévisuel des origines était tout à fait conforme à celui que l’on retrouve aujourd’hui dans les films du MCU : puissant et colérique, mais avec un bon fond à faire pâlir d’envie une armée de bisounours et une sensibilité à l’innocence qu’on ne trouve décidément que chez les monstres de cinéma et les freaks en général, contrairement aux policiers français qui n’hésitent pas à bastonner des pompiers pendant les manifs (oooops, désolé, ça doit être l’actualité qui me marque, et faut croire que ces salauds de red blocks l’avaient bien mérité, à faire chier à porter secours aux gens, comme ça).

Où j’en étais ? Ah oui : l’équilibre entre pulsions meurtrières et compassion

Argument n°2 : cette couv du n°4 me rappelle le jeu Hulk sur Gamecube, qui était un jeu absolument formidable où on pouvait boxer des trucs en se faisant des gants avec des voitures broyées. Excelsior dans ta gueule !

envers les petits lapins tout doux chez les monstres verts de trois mètres en jean violet. Au cas où vous ne sauriez pas, le Hulk des comics d’origine était bien différent. Et la différence en question ne se limitait pas à sa couleur, même si à peu près tout le monde sait que le premier épisode le présentait en gris et non en vert, une couleur qu’il adopta dès le second parce que le coloriste Stan Goldberg (qui l’aurait préféré orange s’il n’avait pas déjà existé un personnage célèbre de cette couleur, la Chose des Quatre Fantastiques) avait eu de petits soucis avec la teinte neutre qui virait parfois au vert sur certaines cases. Oui, à l’époque, la couleur et l’impression, c’était compliqué. La différence essentielle, c’est que Hulk apparaissait non pas lors des périodes de colère de Banner, mais à la nuit tombée.

Immortal Hulk est une sorte de reboot : comme presque toujours, il est arrivé un truc vraiment pas cool à Hulk (qui a la fâcheuse manie de détruire des villes et d’écrabouiller des gens), et le Dr Banner se retrouve en exil, paria voyageant au fin fond des Etats-Unis pour retrouver, sinon la sérénité, au moins une forme de solitude. Et évidemment, à tous les coups, il tombe sur de sérieux connards, pète un câble et massacre un petit peu tout le monde dans la joie et la bonne humeur. Lors du premier épisode, on sent vraiment arriver ce genre de truc, et puis…

Bruce Banner prend une balle dans la tête et il meurt (juste après avoir été témoin d’un crime sordide, le meurtre d’une petite fille lors du braquage d’une épicerie). Le récit est superbement mené et mis en cases, avec un splendide sens du rythme, et on sent monter progressivement une tension dont on sait qu’elle ne peut se libérer que sous une forme : l’apparition du Hulk (oui, en rosbifglais, on dit plutôt “le Hulk”, c’est plus cool). Le comics reprend donc efficacement tous les codes habituels, mais en leur imposant un petit twist : c’est le signe (à mes yeux) d’un reboot réussi.

Nous découvrons que Hulk/Banner est tout simplement immortel (ah merde, c’était le titre ! ce spoiler de ouf !). Quand tombe la nuit, le Hulk, tel le phénix (un phénix bâti comme un catcheur en slip violet) renaît de ses cendres (presque littéralement dans un épisode suivant, d’ailleurs…). Le Hulk nocturne fait donc ici son grand retour, mais c’est aussi un Hulk effrayant, à l’expression souvent proche de la folie. Bien sûr, les dialogues à double sens soulignent les thèmes du récit : le scénariste nous offre là un bon fauteuil bien confortable où nous installer, tout en nous expliquant qu’il va y avoir du changement, mais qu’on n’est pas non plus dans un autre univers que celui auquel on est habitués. Et ça, c’est très fort. Un scénariste capable de vous mettre en confiance tout en vous promettant de l’inédit est un scénariste qui connaît bien son boulot. “Je t’ai fait ton plat préféré, exactement comme tu aimes, mais tu vas voir, j’ai rajouté un petit truc, tu me diras si tu le sens.”

Ce Hulk-là n’est pas le gentil Hulk de l’excellent Mark Ruffalo…

Le Hulk a changé. Il redevient une force nocturne au caractère imprévisible. Comme il le souligne à plusieurs reprises, il flaire les mensonges, et en particulier ceux dont ses interlocuteurs se bercent pour se persuader de ne pas avoir perdu leur humanité. Il redevient un monstre réellement monstrueux, effrayant, retournant même un des traits caractéristiques d’un des monstres les plus célèbres, le vampire, en apparaissant dans les miroirs. Il abandonne les intrigues cosmiques pour revenir au coeur de l’humain à travers son voyage dans l’Amérique profonde. Mais il n’oublie pas au passage de boxer de gros trucs, et en particulier un monstre canadien velu…

Al Ewing ne se prive pas de quelques traits d’humour (une référence marrante aux fameux jeans violets…) et réinvente la mythologie du Hulk avec efficacité. Les enjeux montent et le récit passe (lors de son second story-arc) par les portails obligés : combat contre les Avengers, retour d’ennemis classiques, le tout servi par des dessins efficaces (mêlant parfois plusieurs dessinateurs avec plus ou moins de bonheur, mais sans jamais gâcher le scénario, et toujours en servant la logique du récit). Au troisième story-arc, Hulk in Hell, le Hulk se retrouve…

Ouais, vous avez compris. Et c’est une étape obligatoire, une sorte de séquence-purgatoire, où l’essentiel des problèmes métaphysiques du Hulk doit se résoudre en plongeant dans sa petite enfance. À partir de cet instant, c’est un peu “been there done that” : le héros qui va se balader en enfer et se trouve confronté à ceux qu’il a fait souffrir et cherche à se comprendre lui-même, ça n’a rien de bien inédit ni de très folichon (et il commence à y avoir beaucoup de similitudes entre tout ça et le run d’Alan Moore sur Swamp Thing, ou alors c’est la couleur verte qui m’aura trompé…), mais encore une fois, le scénariste nous fait le coup du petit twist qui va bien, et poursuit imperturbablement son exploration de l’univers du Hulk en balançant tranquillou de jolis hommages par-ci par-là.

Un bel hommage à Marie Severin, décédée en 2018. Je masque le dialogue qui révèle un point important de l’intrigue.

Seule réserve : le Hulk se calme un peu trop et perd de son caractère effrayant dès lors qu’il est confronté à des menaces à sa mesure. La tension qui règne dans le premier story-arc se dilue peu à peu lorsque l’on passe de l’univers “ordinaire” au monde “habituel” du Hulk, où les monstres surpuissants sont la norme. Paradoxalement, plus les adversaires du Hulk sont énormes et dangereux, plus on perd en réelle intensité : les vrais moments forts ne surgissent que dans des périodes de calme, par des révélations (notamment sur la nécessité de l’existence du Hulk pour Banner) ou par des contrastes (une séquence d’action saisissante après un moment de tranquillité).

Quoi qu’il en soit, Al Ewing a bel et bien revitalisé une franchise qui commençait à partir en sucette (et surtout qui devenait incompréhensible pour moi, avec des Hulks de toutes les couleurs et une intrigue étalée sur trouzmillions de publications : pas bon signe pour un lecteur comme moi, ça…) , et son Hulk est un vrai bon comics d’horreur, contrastant radicalement avec la version plutôt marrante mais pas aussi savoureuse dessinée par Frank Cho. Je vais donc suivre la suite du run d’Ewing sur le titre avec plaisir, en espérant qu’il revienne toutefois à des intrigues plus intimistes. J’ai pris énormément de plaisir à lire ce Hulk, tout à fait accessible même si vous ne connaissez pas trop tout le mythe qui l’entoure (l’intervention de personnages comme Walter Langkowski est toujours expliquée clairement pour les nouveaux venus). Encore une excellente série conseillée par le Raton Laveur Galactique !

Si tout va bien, je vous parlerai demain d’une dernière série de comics excellente, et je vous fausserai compagnie pendant une semaine, car je suis en vacances (pour mes amis pigistes, auteurs, autrices, traducteurs, traductrices, traductiers, trouductistes et autres : cherchez ce mot dans le dictionnaire, c’est un concept assez insolite mais que j’ai hâte de mettre à l’épreuve de la réalité) pour une semaine, pendant laquelle je me consacrerai à d’autres activités créatives comme manger des escalopes à la crème et jouer à des jeux vidéo idiots.

Strange Venom Wins Thanos

Thanos m’a toujours royalement gonflé. Déjà parce que je suis plutôt fan de Darkseid (son jumeau côté DC comics, dont il tire une bonne partie de son look, que je n’ai jamais trouvé très inspiré, étant bien moins séduit par l’oeuvre de Jim Starlin, son papa, que par celle de Jack Kirby). Ensuite parce que j’ai toujours trouvé le principe du personnage un peu tarte : Thanos a été plus ou moins éduqué par la mort, et il est amoureux d’elle. Parce que Thanos/Thanatos, voilà voilà… et alors son frère qui est beau, il s’appelle Eros, et Thanos est très jaloux…

Oui, bon, je simplifie à outrance, et quand on simplifie à outrance, on obtient des trucs complètement cons. Mais là, on part quand même d’un matériau qui manque de richesse, on va dire. Ca n’a pas empêché Starlin de développer une mythologie sympa, mais que ce soit visuellement ou dans le fond, elle me séduit beaucoup moins que celle élaborée par Kirby pour ses New Gods. Aujourd’hui encore, quand je relis les BD des New Gods (et à peu près n’importe quelle planche de Kirby), il en émane une énergie phénoménale, et surtout, une sorte d’effervescence angoissée. Un sens des proportions délirant, à la fois juste et absurde, des visages souvent torturés, et ces fabuleuses “machines de Kirby” dont la technologie ne ressemble à rien de connu (et qui projettent toujours une énergie symbolisée par de petites bulles noires sur un fond coloré…), le tout dans une composition incroyable qui ne fait pas que remplir l’espace : elle le bourre à craquer, au point qu’on entend presque les bords de la case gémir, qu’on s’attend à ce que tout ça nous saute à la gueule.

Est-ce que je viens d’écrire que Kirby bourre l’espace ?

Ben oui, poutrin ! Et L’ESPACE EN REDEMANDE ! Non mais regardez cette illus de dingue : il y a des gus tête en bas, d’autres qui se foutent sur la gueule comme des chiffonniers en déchirant du métal, une main qui a l’air d’exploser, une énergie rose qui grille apparemment la tronche d’un autre type… ET JE TE RAJOUTE DES ONOMATOPEES SI JE VEUX !

new gods
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Tiens, même les onomatopées… Dans l’univers des New Gods, le moyen de déplacement, ce sont les “Boom Tubes”, des portails de téléportation qui produisent un bruit caractéristique. L’onomatopée n’est pas que l’illustration d’un son, elle s’intègre à la réalité de l’univers, elle…

C’est bon, on a compris, j’adore le trait de Kirby et ses personnages à la fois torturés et nobles. Et du coup, pour moi, Thanos est une pâle copie de Darkseid. Darkseid court après l’équation de l’antivie, la matérialisation mathématique du néant et de l’entropie, tandis que Thanos court après les gemmes du pouvoir du fameux gant que tout le monde connaît désormais.

Je me suis beaucoup fait chier en lisant les nombreuses sagas consacrées à Thanos. Leur seul intérêt consistait pour moi à faire cohabiter de nombreux superhéros dans un même récit, mais le tout tenait du pétard mouillé à mes yeux. Dans ces intrigues, tout prenait immédiatement des proportions immenses et tragiques. Et comme le dit Lacenaire dans les enfants du paradis, la tragédie, c’est quand même un petit peu chiant : “tous ces gens qui s’entretuent sans se faire le moindre mal…”, dit-il.

Au passage, si vous croyez que le méchant incompris, l’incel de base, date de ces dernières années, regardez un peu ça (c’est assez rigolo, la diction, la gestuelle, tout cela est bien daté, et puis ça a été tourné en France sous l’Occupation…). Ce monologue effroyable, tempéré uniquement par la légèreté de la réaction d’Arletty dans le rôle de Garance :

Si vous ne savez pas d’où sort l’archétype du méchant moustachu qui se tripote la nouille en parlant de sa propre grandeur, en voilà un très bel exemple (le film est vraiment génial si vous supportez les vieux machins en noir et blanc).

Oui, bon, enfin bref : je ne suis pas fan de Thanos. Aussi, lorsque mon ami comicologue me proposa de lire “Thanos Wins” avec Donny Cates au scénario, je me méfiai. Au passé simple, temps du récit, et tout et tout.

Mais Aurélien est de bon conseil, et j’ai donc tout de même tenté le coup. Je voyais arriver un univers alternatif, penchant du côté des “Old Man Logan” (excellent) ou des “Marvel Zombies” (assez drôle si on aime les récits nihilistes et les “What if”), et je ne me suis pas vraiment trompé. Thanos va dans le futur, blablabla, il est confronté à une autre version de lui-même, etc., etc., air connu, nanani nanana.

Et là, Donny Cates.

Pour les non rosbifophones parmi vous, en gros : “Tu m’entends, Rider ?” “Ben oui. Marrant, hein ? Alors que j’ai pas d’oreilles…”

Et Donny Cates n’écrit pas de tragédies. Il écrit des comédies. Parce qu’il sait que quand on parle de sujets qui font mal, c’est comme ça qu’faut faire. Le rire, instrument perfide du scénariste qui veut vraiment vous remuer. Le rire éclatant, le rire devant l’absurdité… L’absurdité d’un personnage qui croit aspirer au néant et le crée autour de lui sans jamais toucher au but. L’absurdité du destin tout tracé : quoi que tu fasses, ça finira comme ça. L’absurdité d’un personnage au crâne en feu et dépourvu de tympans, mais qui entend quand même ce qu’on lui dit.

Une couv avec Shuma Gorath est une bonne couv. Même si on n’en voit qu’un petit morceau…

Un grand éclat de rire. Aussi sonore, sans doute, que les cris des personnages dessinés par Kirby. Et un sens de la complicité avec le lecteur qui s’installe en exploitant non pas des thèmes cosmiques, mais au contraire des détails insignifiants. J’ai adoré Thanos Wins, un récit court, ramassé sur lui-même, mais qui offre une perspective inédite sur le personnage de Thanos (un peu comme l’a fait le MCU en lui donnant davantage de substance, ainsi que des idéaux un peu moins absurdes, même s’il emploie toujours des moyens illogiques pour tenter de les atteindre). J’ai donc enchaîné avec son run sur Dr Strange, rassemblé dans un TPB qui regroupe les épisodes 381-390 et la minisérie Damnation. Pourquoi ? Eh bien comme souvent, je me suis laissé attirer par la couv’, tout simplement. Les premières pages (consacrées à Loki, devenu sorcier suprême à la place de Stephen Strange, lequel se teint les cheveux et travaille désormais comme vétérinaire… WTF ?) m’ont immédiatement convaincu de la qualité de l’écriture. Des dialogues souvent hilarants, et surtout une intrigue qui ne nécessite pas d’avoir lu quoi que ce soit d’autre pour comprendre l’ensemble de l’histoire… Tout ça avec des enjeux cosmiques quand même, et l’intervention en cours de récit d’un certain nombre de personnages périphériques (l’équipe rassemblée pour aller secourir Strange dans Damnation est un gloubiboulga assez surprenant…).

On y voit entre autres surprises, l’intervention de Sentry, un personnage qui me sortait par les yeux lorsqu’il est apparu dans les comics Marvel. Petite parenthèse. Sentry était une sorte de Superman que les scénaristes ont fait passer pour un ancien personnage Marvel que même Stan Lee aurait oublié. Pour faire passer le gag, ils ont même fait apparaître d’anciennes cases de “vieilles BD de Sentry” (avec un look adapté) et tout le toutim.

Un petit peu comme les épisodes de Supreme d’Alan Moore, mais sans le recul et le talent. Bref : retrouvez plutôt Supreme par Alan Moore (pas la peine de trop vous pencher sur le reste des épisodes du comics, qui sont plutôt euh… marqués par les tendances les moins intéressantes des années 1990, pour être poli).

Bref, il y a là Sentry, Blade (présenté de façon plutôt rigolote, face à Elsa Bloodstone, qui est furieusement inintéressante), l’Homme-Chose et plein d’autres gus qui arrivent quand même un petit peu comme un cheveu sur la soupe, mais qui restent plutôt plaisants à regarder, même si c’est un peu forcé.

Tout ceci fonctionne très bien, et il y a de bien belles surprises au dessin (Gabriel Hernandez Walta, dont vous voyez quelques cases ci-dessus, fait un boulot exceptionnel, et les autres ne déméritent pas non plus), ça tire un poil en longueur avec le story-arc de Damnation, mais c’est vraiment très très bon, et souvent très drôle. Bats, le chien qui parle, est tout simplement formidable, et Cates met habilement le doigt sur l’hubris de Strange pour en faire un personnage réellement intéressant (qui lorgne quand même beaucoup du côté du John Constantine de DC dans sa façon d’exploiter ses amis…). Les amateurs de récits de sorcellerie avec panoplie mystico-cabalistique ne devraient pas être déçus.

Bon bon bon. Cates, c’est donc une valeur sûre. Du coup, je pouvais m’attaquer à un récit qui ne me faisait pas, mais alors pas du tout envie. Le premier arc de Venom par Cates. Aurélien me l’avait chaudement recommandé, mais j’y allais quand même à reculons. Je n’aime pas Venom. C’est peut-être pour ça que j’ai beaucoup apprécié le film éponyme (un film que beaucoup qualifient de “film des années 1990”, et ils ont tout à fait raison : c’est aussi bas de plafond, c’est très drôle, c’est irrévérencieux tout bien comme il faut et ça m’a donné très envie de voir une suite). En outre, je ne me suis jamais trop intéressé à ce personnage et je me disais que j’allais me sentir paumé.

Et là, Donny Cates. Kraka-boom.

Si on regarde en vitesse, on a l’impression que Venom a une zigounette sur la cuisse droite, curieusement décalée. Ou alors c’est moi qui suis vraiment un dégueulasse.

J’ai commencé par le TPB regroupant les 6 premiers numéros de la série Venom. Il m’a quand même fallu passer le cap des dessins beaucoup trop nineties, justement, de Ryan Stegman. Je ne suis pas client du tout, je trouve le trait inutilement foisonnant, et ça me rappelle beaucoup les pires produits de la période post-Image comics. Heureusement, à côté de ça, la mise en cases est efficace, lisible, avec un rythme que je trouve parfait, et un équilibre idéal entre texte et dessins.

Oui, parce que s’il y a bien un truc que je déteste, ce sont les textes à rallonge dans les cases. Ces dialogues interminables, ces loooooooooongs textes qui ne mènent à rien ou qui expliquent laborieusement ce que le dessinateur a souvent très mal dessiné (à force de tenter de faire rentrer trop de sens dans une case, que ce soit par le texte ou par l’image, on obtient un truc illisible), ça me sort complètement du récit. Je ne compte plus les comics des années 1990-2000 que j’ai posés après avoir subi des pages de bulles bourrées à craquer de texte complètement insipide (le pire, ce sont les cases où un présentateur de journal télé explique l’intrigue… Je préfère encore qu’on me mette une case de texte expliquant : “Pendant ce temps, Peter Parker lave consciencieusement ses slips sales”).

Rien de tout ça, ici. Encore un grand écart entre l’intime et le cosmique dans l’intrigue, puisqu’on part de la relation qu’entretient Eddie Brock avec le symbiote baptisé Venom pour finir avec un péril à l’échelle galactique qui se déchaîne au niveau local (sous une forme que je trouve plus lovecraftienne que draconique, d’ailleurs). Et Cates de conclure son récit par une version revisitée de la nature du symbiote. C’est une TRES bonne surprise, qui va chercher tout ce que le personnage peut donner d’intéressant et qui ne perd jamais le lecteur : tout est fréquemment résumé, et on n’a pas l’impression d’avoir raté quoi que ce soit. Même si vous n’avez jamais lu de comics consacrés à Venom, il vous suffit de connaître les bases du personnage pour comprendre tout ce qu’il y a à comprendre sans être complètement largués.

Conclusage de cette lisure de comisques ? Donny Cates rulez, comme vous dites, vous les jeunes. Je vais bien évidemment suivre la carrière du gus, en commençant par la suite de son run sur Venom. Je vous recommande de tenter le coup, parce que c’est vraiment très bon, souvent un peu gore, toujours plein d’humour et d’humanité.

Mais il n’y a pas que Donny Cates dans la vie ! Demain, d’autres découvertes ou re-découvertes comiquesq… comiquisti… de bandes dayssinays !

Les Ziqusemènes, ç’ay compliquay

Comme je le disais hier, j’ai toujours été fan de comics, et en particulier des comics de chez Marvel. Ces dernières années, ma consommation de comics a toutefois cruellement stagné. Les héros de l’écurie Marvel, de plus en plus focalisée sur des “events”, de grands crossovers rassemblant plusieurs héros (voire une foule de héros divers et variés), ont perdu en lisibilité, pour moi.

Pour tout dire, ça fait déjà quelques années qu’il m’est plus agréable de suivre leurs aventures au cinéma que sur le papier (excepté lorsqu’il s’agit de relire de vieux trucs aux pages cent fois feuilletées). Là, au moins, j’ai l’impression de retrouver les héros “d’autrefois” : des personnages qui interagissent avec des êtres humains plutôt que des pions dans un gigantesque échiquier dont il faut suivre tous les coups pour avoir une vague idée de ce qui se passe.

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House of X, soit la maison du X. Faites vous-mêmes vos blagues là-dessus, c’est trop facile.

Je me suis malgré tout laissé tenter par un événement centré sur les X-Men : House of X/Power of X. Le principe était simple : un événement sur six numéros, répartis sur deux séries, et dévoilant un élément stupéfiant de l’univers des X-Men. J’en avais entendu parler sur un blog, et le pitch était intéressant : il tournait autour du Dr Moira McTaggert, un des membres du vaste “supporting cast” des X-Men de mon époque préférée (l’époque où Chris Claremont était scénariste, en gros). Ca vient de se finir récemment, et c’est effectivement un événement qui change la donne dans l’univers X-Men, et dans l’univers Marvel tout court. L’idée est fascinante et exploitée sous une forme euh…

À l’origine, j’avais écrit ceci pour cet article :
Sous une forme complexe si vous n’avez pas une grosse culture marvellienne. Et une culture assez récente. Et comme il s’agit d’une storyline éclatée sur plusieurs époques, et même dans plusieurs univers, le scénario étant présenté autant par les pages en cases que par des inserts de texte expliquant certains éléments, ou laissant planer le doute sur d’autres…

Eh bien c’est tout simplement illisible lorsqu’on le prend séparément de tout le reste. On est très très loin de la “méthode Stan Lee”, qui consistait à résumer, au début de chaque comics, sur les deux premières pages, l’intrigue en cours…

C’est très esthétique, ça parle d’enjeux à l’échelle planétaire, voire un petit peu cosmique, et il y a une foule de personnages qui font des choses, qui complotent et intriguent chacun dans son coin, c’est bourré de références et d’allusions… et c’est assez complètement incompréhensible si vous n’avez pas suivi une bonne partie de l’histoire des X-Men ces dernières années. Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur de ma part : manifestement, les fans américains s’accordent sur la qualité de l’intrigue, que je ne nie pas. Simplement, celle-ci est tout simplement invisible : elle ne repose que sur une infinité de bases posées ailleurs. En tant que relecture du mythe des X-Men, le récit apporte un sang neuf absolument épatant, tout en proposant une nouvelle option pour les X-Men. En gros : plutôt que d’être des marginaux et de lutter pour se faire accepter dans la société, ils s’affirment comme ayant le droit d’exister tout simplement… parce qu’ils existent. Il ne s’agit pas d’appliquer le dogme de Magnéto (éradication de l’homo sapiens au profit de l’homo superior) mais de trouver une autre voie. Si jamais le sujet vous intéresse, je vous recommande la lecture d’un article enthousiaste sur le sujet, ici.

Et c’est là que mon Raton Laveur Galactique préféré m’a interpelé :
Alors là je pense que c’est un cas de biais de confirmation assez flagrant. HoXPoX ne fait a peu près aucune référence à des histoires mutantes des 10 dernières années. A la rigueur, une poignée de personnages récents ont des rôles secondaires et y a une ou deux références à des micro-trucs ayant eu lieu y a de ça quelque temps mais c’est tout.
Tu crois que les choses que tu ne comprends font référence à des choses récentes alors que :
1/ soit c’est à des choses anciennes (voire parfois ayant plusieurs décennies dans les jambes
2/ soit c’est des choses que moi-même je ne comprenais pas en les lisant (et progressivement qui se révèle au fur et à mesure de la narration.

Ensuite, on s’est battus tous les deux, avec illustrations pleine page et onomatopées du genre “BIM”, “KATCHONKA”, “KERBLAST”, et ma préférée : “KRAKABOOM”.
Mais je vois tout à fait où est mon souci : ce qui m’a arrêté (comme un mur), c’est plutôt une quantité d’informations diffusées de façon complètement éclatée et donnant l’illusion du rattachement à des intrigues récentes. Comme me le disait le Raton Laveur : il faut avoir envie de s’impliquer, de jouer le jeu. Or, la complexité, le caractère délibérément impénétrable de la narration m’ont rebuté.

Bref : la lecture de House of X/Powers of X a été particulièrement laborieuse, pour moi. Je ne suis d’ailleurs pas arrivé au bout, et je crois que je me contenterai d’un résumé de la situation, car j’ai énormément de mal à m’investir émotionnellement dans des personnages qui semblent complètement détachés, voire inhumains (c’est assez flagrant lorsqu’on feuillette les épisodes de Powers of X, où les expressions du visage sont à peu près toutes identiques, le dessin de House of X étant bien plus expressif).
Après l’explication de mon ami, je me dis que la situation est bien plus compliquée que ce que j’envisageais, mais le récit me rebute toujours : il va me falloir un peu de temps pour trouver l’envie de m’y replonger (même si je n’écarte pas cette possibilité). J’ai eu l’impression que les scénaristes me balançaient un univers très compliqué, qui nécessite davantage de clefs qu’ils ne m’en donnaient, tout en présentant l’ensemble comme une énigme où il faut que j’aie envie de les suivre pour profiter du truc. Bref, ça n’a pas du tout fonctionné pour moi, et j’ai vraiment eu l’impression d’être à la ramasse.

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SALAUD !

Du coup, quand on fait cette constatation, on se sent un peu un vieux con, ou au moins un lecteur/une lectrice largué·e. Snif, finis les comics pour moi, je suis trop vieux ? Je croyais que c’était 77 ans, la date de péremption du cerveau ! LE JOURNAL DE TINTIN M’AURAIT MENTI ?

C’est là qu’intervient Ed Piskor et sa formidable série “Grand Design”. Ed Piskor est un fan des X-Men, il a compulsé toute la série depuis les premiers épisode des années 1960 jusqu’à aujourd’hui, et il a mis en place un projet assez épatant : résumer tout ça. Toute l’histoire des X-Men en quelques centaines de pages. Voilà qui me semblait beaucoup plus digeste : puisque je connaissais déjà l’histoire, je ne risquais pas d’être paumé. Cela dit, est-ce que je ne risquais pas de me faire un peu chier à lire un gros résumé genre “Dans les 300 épisodes précédents” ?

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Les planches sont tout simplement splendides.

L’expérience prouve que non. X-Men Grand Design est articulé de façon très “européenne”, avec une action qui file à Mach 3, pour donner un résumé fulgurant de la carrière des ziqusemène, comme on disait quand on prononçait l’anglais comme des gougnafiers. Piskor y intègre toutes les intrigues et les retcons développés au fil des ans chez Marvel (excepté ce qui se passe dans House/Power of X, mais compte tenu des pouvoirs de Moira McTaggert que l’on découvre dans ces derniers, ça fonctionne quand même, à bien y réfléchir), et offre un aperçu des premières années de l’équipe (jusqu’aux événements précédant son passage sur l’île de Krakoa… qui figure en bonne place dans House/Power of X, ah ben ça alors !). La série s’est poursuivie avec “Grand Design – Second Genesis” et “Grand Design X-Tinction”, que je vous recommande vigoureusement si vous lisez l’anglais et si vous êtes fan des années Spécial Strange des X-Men (en plus, vous pouvez vous procurer ça sur Kindle pour une bouchée de pain, moins de 12 euros pour l’intégrale en ce moment, ici, et ). Le style foisonnant de Piskor, sa vision des costumes et des éléments emblématiques de l’histoire des X-Men, confèrent un immense charme à ce “X-Men : la version abrégée”. Si vous optez pour une version papier, sachez qu’elle adopte également un format différent, plus grand que celui des comics. L’utilisation de la couleur (et du “vrai blanc” en particulier) est formidable.

Après un rendez-vous manqué avec House of X/Powers of X, Grand Design m’a réconcilié avec l’écurie Marvel. Mais il ne s’agissait que d’une ruse, finalement : lire une version remaniée d’un truc que je connaissais déjà, c’est de la triche. C’est là qu’intervient l’excellent Aurélien Vives, qui est non seulement un mec absolument adorable, mais un connaisseur en matière de comics, auquel je me fie presque totalement lorsqu’il s’agit de bayday de superhéros.

Je le retrouvai donc comme d’ordinaire, juché sur une gargouille, surveillant la ville de son regard d’aigle, le vent faisant claquer ses… ses moustaches de raton laveur galactique. Il se tourna vers moi avec une expression indéchiffrable, et déclara :

“Je sais ce que tu es venu chercher, p’tit gars.”

Puis il plongea entre les immeubles, missile velu porté par les bourrasques, avant de disparaître dans les entrelacs chtoniens des ruelles de la ville, repaire des plus infâmes malandrins… Il avait toutefois répondu à ma question muette. Un seul nom.

Donny Cates.

À demain pour en savoir plus !


Sandy Julien

Sandy Julien

Traducteur indépendant

Works in Progress

  • Secret World Domination Project #1 44% 44%
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